DES REPAS DE DERRIÈRE LES FAGOTS

 DES REPAS DE DERRIÈRE LES FAGOTS

Dans l’une de ses nombreuses chansons à succès, l’immortel Eboa Lotin valorisait les richesses culinaires authentiques qui tiennent à cœur les Africains et leurs descendants. L’artiste, même décédé depuis de nombreuses années, continue, à travers cette chanson culte, de promouvoir l’art culinaire qui fait l’un des principaux charmes des Africains. Le trémolo dans la voix, ce virtuose, dans cette chanson comparable à une bouteille jetée à la mer, interrogeait : «Si tu arraches le taro et la sauce jaune à l’homme de l’ouest du Cameroun, le Nyembwe à un Makaya gabonais, le Mpondou à un Congolais, que leur donnerais-tu à la place» ? À travers ce seul questionnement, Eboa Lotin met en lumière la place de choix qu’occupe l’art culinaire dans les traditions afro-caribéennes. Dans cette chanson plus que jamais d’actualité, l’artiste-musicien Eboa Lotin donne les preuves que les Africains, même simplement sur la base de ce dont ils se nourrissent, peuvent ne pas savoir où ils partent, mais ne sauraient perdre de vue d’où ils viennent. Son talent et son génie inégalables ont fait dire à  tous les mélomanes et les spécialistes culturelles les plus futés que ce monstre de la musique africaine était un homme venu d’ailleurs. À travers ses seules chansons et les thèmes qu’il y développait, Eboa Lotin montrait son attachement viscéral et fusionnel à la culture africaine qui s’exprime aussi dans les plats.

LES RICHESSES DE L’ART CULINAIRE AFRO-CARIBÉEN

Si vous êtes invité à déjeuner chez un Ivoirien, Il y a fort à parier que votre hôte vous propose un menu qui varie entre le garba, le poisson sauce claire, l’alloco, l’akpessi d’igname, l’attiéké, le kedjenou de poulet, le placali, le poulet braisé ou le sokossoko de bœuf. Ce qui est vrai pour les Ivoiriens l’est aussi pour les Sénégalais qui ne sauraient donner une fête sans prévoir les repas qui sont une marque indélébile de leur identité culturelle. Qui dit repas sénégalais, dit forcément le thiéboudienne qui est un plat national incontournable, le yassa de poulet, le bassi salté, le mafé, le lakhou bissap, le firire, la caldou ou le domoda. Tous ces repas sont accompagnés de riz, de mil ou du fonio. Au Cameroun, quelle que soit votre région d’origine, il est difficile de résister au ndolè, un repas typique du peuple sawa. Le même sawa qui est attaché à son ndolè se délecte du taro à la jaune jeune qui est une spécificité de l’ouest. D’autres repas font le charme culinaire de ce pays. Pêle-mêle, il y a le koki, le eru, le Mbongo Tchobi, le corn tchap, le nkôno ngond, le kondré, le poulet DG ou le fameux braisé adopté par toute l’Afrique. Le touriste qui débarque pour la première fois au Nigeria, et qui veut prendre les couleurs locales au plan culinaire, doit s’attendre à se familiariser avec le riz wolof, le moimoi (gâteau de haricot), les suyas (grillades de viande) ou le kilishi (viande de bœuf séchée). Au Niger comme dans une bonne partie de l’Afrique de l’ouest, le kilishi (lamelles de viande séchée), le Dounguouri soko (repas fait à base de haricot blanc et de gros morceaux de viande) et cette spécialité des Touaregs, le mouton targui (ragoût cuit à l’étouffée). Les Gabonais se passionnent pour les feuilles de manioc à la pâte d’arachide, le bouillon de carpe, le poisson braisé au riz, le poisson salé ou le plat d’aubergines.

Les Caraïbes ont aussi leurs repas dont ils sont fiers et qui sont partie prenante de leur trésor culturel. Dans ce registre, on peut citer le colombo de poulet des Antilles, le poulet boucané, le planteur des îles, le flan à la noix de coco, les dombrés de crevettes, l’agoulou ou le cake à la patate douce.

Parler de l’Afrique et des Caraïbes sans évoquer leurs spécificités culinaires serait un incroyable impair. Le premier salon virtuel des Produits et Services inspirés de l’Afrique et l’Outre-mer donnera l’occasion aux exposants de faire venir l’eau à la bouche des milliers de participants attendus à ce rendez-vous majeur. Au final, l’Afrique et les Caraïbes auront donné la possibilité au monde entier de s’inscrire sur la liste de ceux qui ne résisteront plus jamais à leurs repas plantureux, mieux, de derrière les fagots.

Cyrille Kemmegne

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